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"Qu'est-ce-que l'art? Prostitution".
Charles BAUDELAIRE
"Ce n'est pas parce que je ne prête pas mon cul
que je ne sais pas faire la pute !"
Georges TREHARD
Lorsqu'il parle de prostitution, Baudelaire n'entend pas
un commerce indécent, mais une forme de générosité,
sinon même de charité.
J'ai la prétention de partager cette opinion ; tout en
gardant à l’esprit les conseils de mon père !
"What is art ? Prostitution".
Charles BAUDELAIRE
"By not sharing my ass I do not mean
I cannot be a whore !"
Georges TREHARD
When he speaks of prostitution, Baudelaire does not
mean indecent trade but some sort of generosity, or
even charity.
I think I can claim this opinion as mine ; but I keep on
my mind the counsels of my father !
Entretien
Les racines du mal...
Je n’ai pas le souvenir de n’avoir jamais dessiné… Enfant, j’ai très tôt montré certaines aptitudes et mes parents m’ont permis de les développer dans une école d’arts. Le fait de savoir dessiner -ce qui fascine tant les adultes- fait partie des nombreuses facultés que possèdent les enfants et qu’ils perdent peu à peu quand on leur fait comprendre que ce n’est pas une activité très sérieuse, ni même très sociable. Pour ma part, j’ai eu la chance d’échapper au club de foot, la chance d’avoir des parents pas trop effrayés que leur rejeton passe tout son temps, seul, à dessiner...
Je me suis remis à la peinture en 1984, de façon assidue, en essayant de nombreuses techniques pour finalement pratiquer la peinture à l’aérographe. Parallèlement, j’étais également attiré par le volume et j’ai fait quelques tentatives de modelage et de sculpture.
En 1991 j’ai rencontré le photographe Fabrice Saint-Ghislain pour qu’il reproduise photographiquement mes œuvres. Nous sommes rapidement devenus amis et il m’a initié à la photographie ; je souhaitais alors avoir une base picturale pour entreprendre des peintures hyper-réalistes.
En fait, j’ai très vite pris goût à la photo, au travail avec le modèle, à la prise de vue et à la mise en scène. Tout acte de création implique labeur, énergie, une certaine rigueur et une certaine discipline ; dans ma peinture, ces facultés devaient s'étaler sur plusieurs semaines, voir plusieurs mois. En photographie, tout est plus palpable, et la concrétisation peut se faire en quelques jours, ou quelques heures. La rapidité d'exécution condense l'énergie pour en faire une impulsion extrêmement brève, et relativement violente ; à ce stade, la réflexion, bien qu'importante antérieurement, n'est plus de mise, et on en appelle indiscutablement à un autre état de conscience ; et cela me convient parfaitement... Durant près de cinq ans, j’ai réalisé énormément de photos, étudiant l’éclairage, la composition en volume et finalement, le travail en laboratoire, développement, tirage, etc.
En 1996, dans l’euphorie d’une exposition au Salon International de la Bande Dessinée d’Angoulême, au stand P.A.L créé par Denis Grrr, j’ai réalisé ma première œuvre aboutie composée d’une photo noir et blanc et d’une sculpture en métal.
Interview
The roots of the evil...
I do not recall a moment when I did not draw… As a child, I have shown certain abilities very early and my parents allowed me to develop them in an art school. Drawing - a thing that fascinates so much grown-ups - is one of the many abilities that children possess and that they lose progressively when they are told that it is not a very serious or even sociable activity.
For myself, I was lucky to I avoid the football club, lucky to have been brought up by parents which were not afraid of their child spending all his time drawing alone…
I started painting again in 1984, on a regular basis, trying various painting techniques and finally choosing airbrush painting. At the same time, I was also attracted by volume and I made a few attempts in modelling and sculpture.
In 1991 I met the photographer Fabrice Saint-Ghislain for him to reproduce my works using photography. We soon became friends and he initiated me to photography; I wanted then to possess a pictorial basis to work on hyper-realistic paints.
In fact, I quickly became fond of photography, of the work with the model, of the shot and the setting of the scene. Every act of creation implies work, energy, some rigor and discipline. - in my paintings, these faculties would develop in several weeks or even months. As regards photography, everything is more palpable and concrete work can be accomplished in few hours or a few days. The quickness of the operation condenses the energy in a very brief and quite violent impulsion - at this point, reflection becomes irrelevant, although it was important formerly, and definitely, it’s a new state of conscience that is summoned ; and this suits me perfectly… For almost five years, I made a great many photographs, studying lights, the composition of volume and finally the lab work : developing and printing…
In 1996, filled with the euphoria of an exhibition at the International Meeting Of The Comic Strip in Angoulème in the stand P.A.L. created by Denis GRRR, I realized my first accomplished work composed of a black and white photo and a metallic sculpture.
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Les assemblages (et les histoires)...
Aujourd’hui, j’utilise tous les moyens mis à ma disposition pour réaliser un travail : dessin, peinture, photographie, sculpture, gravure, moulage, couture, détournement d’objets, infographie… Les œuvres réalisées sont en réalité des compositions, des assemblages où se mèlent -de façon plus ou moins complexe- la photographie et la matière, principalement le métal.
Cette évolution s’est faite tout naturellement au fil des années. A présent, la technique est présente pour servir mon travail et non pour le limiter. Mais, j’ai besoin de nouveauté, de mouvements d’énergies, d’expérimenter et d’apprendre. Chaque œuvre est une remise en question sur un plan technique et correspond à un instant de ma vie chargé d’émotions, d’envies, de sensations particulières ; j’ai besoin de donner vie à mes perturbations internes…
Je n’ai pas une âme de photographe, et l’image photographique en tant que témoignage d’un instant donné ne me suffit pas ! J’aborde mon travail en sachant que je le montrerais, ce qui est essentiel. Mes créations me permettent de raconter une histoire, et au même titre que le romancier, le cinéaste ou le dessinateur de BD, il me faut plusieurs chapitres, plusieurs plans, plusieurs cases… Ainsi, les différentes techniques utilisées autour ou dans la photographie m’offrent la possibilité de raconter mon histoire et d'évoquer une réalité autre, plus personnelle. Et par cela, je tente d’avoir une relation plus intime avec le spectateur, une relation particulière (dans laquelle il me plaît de jouer avec l’attirance et la répulsion) ; l’image que je propose au final n’est plus le témoignage d’un instant précis, mais celui d’un état de mon être, un état qui dure.
Les matières, les objets, véhiculent des idées, des symboles ; j’utilise aussi ce potentiel pour façonner mon histoire. Et l’avantage de la rencontre de nouvelles matières ou de nouveaux objets c’est que cela me remet en question et me permet d’avancer.
The assemblages (and the stories)...
Today, I use all the means I can get to accomplish my work : drawing, painting, photography, sculpture, engraving, molding, sewing, reprocessing objects, computer graphic design… The works are in fact compositions, assembled elements where photography and matter, specially metal -mingle in a variable complexity.
This evolution has been natural over the years. Now, techniques help me in my work instead of limiting me as before. But, I need new stuff, energy transfers, to experiment and to learn. Every work is a calling into question on a technical level and it corresponds to a moment of my life full of emotions, envies, peculiar sensations ; I need to give birth to my inner turmoil…
But my soul is not that of a photographer, and the photographic image seen as the testimony of a given instant does not satisfy me! I start my works knowing I will show it, which is essential. My creations allow me to create stories, and just as the writer, the director or the comics author, I need several chapters, several shots, several strips… Therefore, the different techniques used in and around photography give me the possibility to tell my story, to conjure up another reality, a more personal one. And by doing this, I try to share a more intimate relationship with the viewer, a certain relationship (in which I rejoice to play with attraction and repulsion) ; the image I propose at the end is not the testimony of a given instant anymore but of a state of my being, a state which lasts.
Matters, objects, convey ideas and symbols - I also use this potential to shape my story. And to combine new matters or new objects allow me to call me in question and to go on with my life.
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De l’inconnu (et d’autres choses)...
Depuis l’enfance, je suis attiré par l’inconnu, et cela s’est accru au fil des années en se focalisant sur les Mystères, ceux dévoilés notamment dans les mythologies : le mystère de la création symbolisé par la sexualité et l’érotisme, le mystère de la foi évoqué dans les croyances et les religions, et le mystère de la vie depuis l'avant naissance jusqu'à l'après mort. Cette trinité est très présente dans mon œuvre, et je défini mon travail comme étant axé -parfois- sur les tabous, c’est à dire sur ce qui appartient au domaine du sacré -et non ce qui est interdit.
Chacune de mes œuvres pose des questions et offre quelques réponses très personnelles sur les sujets de cette trinité, avec certains propos plus dominants parfois…
Gilles Néret prétend que “le seul véritable antidote à l’angoisse qu’engendre chez l’homme la connaissance de sa mort inéluctable, c’est la joie érotique” ; j’y ajouterai volontiers la joie mystique, car toutes deux portent à l’extase. De plus, il peut y avoir de l’érotisme dans le mysticisme, et du mysticisme dans l’érotisme. Et j’aurais une certaine tendance à voir les choses sous cet aspect.
En fait, mon travail artistique utilise énormément le symbolisme ; et mes recherches dans le domaine technique souhaitent exprimer une œuvre dans laquelle je fais part d’un cheminement intime à la fois physique, psychique et spirituel. Mais la trinité “sexe-religion-mort” (pour simplifier) n’est pas une source d’inspiration ; mes idées s’élaborent en fonction de mon propre vécu, de certaines rencontres, d’expériences de la vie, de rêves ou de visions ; c’est ensuite que je concrétise ces idées en faisant référence à certaines formes d’érotismes, de croyances ou de religions, de vies ou de morts… Je pourrai même aller jusqu’à dire que mes œuvres sont des icônes, des images pieuses évoquant mes croyances et ma foi…
Je ne suis pas un provocateur. Mes actes ne sont pas gratuits, et ce que je montre m'appartient en tant que réalité personnelle et m'engage, corps et âme... Cependant, je sais que mon travail sera perçu autrement, et ce, en trahissant la vision propre du spectateur...
De la matière...
La technique est le fruit de recherches et d’expérimentations. La photographie, de par ses procédés anciens jusqu’aux plus modernes, offre toutes les possibilités à l’image. Pour réaliser des photos, il m’arrive de créer des décors ou des costumes, des objets ou des maquillages particuliers. Ensuite, une fois la photo faite, et suivant mes souhaits, je peux retravailler le négatif par grattage, coloriage ou rajout de matières, ou encore modifier le tirage papier par virage, colorisation, découpage, infographie…
En ce qui concerne la matière même, je touche beaucoup au métal, en particulier à l’acier dont j’apprécie le contact et la symbolique ; je pratique la soudure, les assemblages mécaniques, la fonte à basse fusion, les procédés de gravure à l’acide et les oxydations et patines. Je travail également le bois, l’os, le cuir, les papiers, les tissus, la pierre, toujours avec la volonté de dénaturer le matériau de base, de le transformer, de le modifier par des principes d’érosion et des rajouts de produits ; je fais souvent intervenir l’eau, le sel, le feu, des éléments qui possèdent quelque chose de magique en eux…
On the unknown (and other things)...
Since my childhood, I feel attracted by the unknown, and this attraction grew as the years went by, focusing on Mysteries, most notably the ones unveiled by myths : the mystery of creation symbolized by sexuality and eroticism, the mystery of faith evoked in beliefs and religions, and the mystery of life from before birth to after death. This trinity is very present in my works, and I consider my work as being based -sometime- on taboos , that is to say what belongs to the sacred -not what belongs to the forbidden.
Each of my works asks many questions and gives a few very personal answers on the subjects of this trinity, some notions sometimes dominating the others… Gilles Néret says that “the only true antidote to the anguish of certain death for mankind is erotic joy” ; I would also add mystical joy because both lead to ecstasy. Furthermore, there can be eroticism in mysticism and mysticism in eroticism. And that is the way I would consider things to be.
In fact, my artistic work uses a lot of symbolism ; my research in the technical domain tries to express works in which I convey a personal path physical, psychical and spiritual. But the “sex-religion-death” trinity (simply said) is not a source of inspiration. My ideas develop according to my own life, certain individuals I met, experiences I had, dreams or visions ; only then I concretize these ideas with references to certain types of eroticism, beliefs or religions, lives or deaths… I will go as far as to say that my works are icons, holy images of my beliefs and my faith…
I am not an agitator. My acts are not unwarranted and what I show belongs to me as my own reality and commits me, body and soul… I know my work will be perceived differently, though, this betraying the proper vision of the spectator…
On the matter...
The technique is the result of research and experimentation. Photography, from its ancient processes to the most modern ones, allows all possibilities for image. To take photos, I sometimes create particular settings or costumes, objects or make-up. Then, when the photo has been taken, I can work if I like on the negatives by scratching, coloring, adding material, or by modifying the printing on paper, using toning, coloring, cutting, computer graphics…
As regards material itself, I use a lot of metal, in particular steel of which I appreciate the touch and the symbol ; I use soldering, mechanical assembling, low-fusion melting, processes of acid engraving and oxidation and patina. I also work on wood, gold, leather, paper, cloth, stone, always willing to distort the basic material, to transform it, to modify it by the principles of erosion and the adding of other products ; I often use water, salt, fire, elements which possess something magical…
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“Je ne suis qu’un modeste chercheur...”
Tout le sens de mon travail se trouve résumé dans ces quelques mots.
Il est difficile d’en dire plus, sans doute parce qu’il est difficile de parler de cette recherche, de sa quête, de ses désirs et de ses besoins...
Difficile d’exprimer cette relation si singulière à la matière, au métal et à la photographie ; difficile d’évoquer les tentatives, les erreurs, le labeur, les multiples techniques, les fautes, les renoncement, l’obstination, les échecs et les réussites...
Difficile de dévoiler ses influences, d’avouer les penchants de son coeur, de s’auto-étiqueter...
Alors, devant autant de difficulté, je préfère en rester là; avec tout de même, cet aveu de Rilke et son conseil : “Les oeuvres d’art sont d’une infinie solitude ; rien n’est pire que la critique pour les aborder. Seul l’amour peut les saisir, les garder, être juste envers elles”.
« I am only a modest researcher… »
The essence of my work can be summed up in these few words.
It is difficult to tell more, probably because it is difficult to talk about this research, of one’s quest, one’s desires and needs... It is diffcult to express a relation so peculiar with matter, metal and photography ; it is difficult to evoke the attempts, the errors, the work acomplished, the different techniques used, the mistakes, the renouncements, the obstination, the failures and the successes...
It is difficult to unveil one’s influences, to confess the fondness of one’s heart, to label oneself...
Thus, facing so much difficulty, I prefer leave it at that ; with, however, this confession by Rilke and his advice : “Art works are of infinite solitude ; there is nothing worse than criticism to tacle them. Love only can grasp them, keep them and be true to them.”
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